Palamas Kostis
 
Biographie
 

Palamas est né à Patras, en 1859.  A l’âge de sept ans, il perd ses parents et est obligé de vivre à Missolonghi , chez son oncle. Mais, être orphelin est une expérience traumatique pour le poète qui influencera son œuvre littéraire. A seize ans, il se rend à Athènes pour étudier le droit. Esprit curieux par nature, il publiait des poèmes dans des journaux et des magazines politiques de l’époque, comme le journal satirico-politique Ραμπαγάς, qui fut édité en 1878 et accueillait des textes d’auteurs qui, plus tard, jouèrent un rôle important dans la vie intellectuelle du pays. Il travailla pour différentes revues et fut rédacteur ou collaborateur de plusieurs journaux. Son travail dans la presse revêtait une forme non seulement professionnelle mais aussi littéraire. Les Lettres, la poésie, la critique, l’art le préoccupaient à un point tel que, en fin de compte, il abandonna les études de droit pour se consacrer à la littérature.

En 1897, année de la guerre à l’issue fâcheuse pour la Grèce, Palamas fut nommé secrétaire à l’Université d’Athènes. Il passa sa vie en étudiant et en écrivant, sans jamais voyager à l’étranger. Erudit et autodidacte, il mûrit à une époque d’intenses remaniements politiques et sociaux, il joua un rôle important dans les cercles littéraires de la capitale et exerça une profonde influence sur son époque. Lorsque Palamas apparaît sur la scène littéraire, celle-ci était dominée par la poésie froide et sans âme de l’Ecole romantique d’Athènes. 

En 1886, il publia son premier recueil de poèmes intitulé Τα τραγούδια της πατρίδος μου, composé en langue démotique et influencé par la tradition populaire. En 1889, il est lauréat du 1er Concours Filadelfeio avec le poème Ο Ύμνος της Αθηνάς, sur proposition de N. Politis. Il fut également primé lors du 2ème Concours de poésie Filadelfeio pour son recueil de poèmes Τα μάτια της ψυχής μου (1890). Le titre qui provient d’un vers de Solomos montre le rapport entre le poète et la tradition du poète des Îles Ioniennes. Suivant systématiquement les grands courants littéraires européens, tels que Parnasse et le symbolisme, Palamas les met créativement en valeur dans ses textes poétiques. Il fut aussi fortement influencé par l’esprit scientifique qui dominait à la fin du 19ème siècle, ce qui rendit sa poésie plus cérébrale. En 1895, l’état lui assigne la tâche de composer l’hymne Olympique.

Les étapes importantes du parcours du poète sont également les poèmes du recueil Ίαμβοι και Ανάπαιστοι (1897), Η Ασάλευτη Ζωή (1904) et le long poème articulé Ο Δωδεκάλογος του Γύφτου (1907), qui est divisé en douze « discours », présente plusieurs rythmes et exprime le désir du peuple d’oublier l’événement fâcheux de la défaite de 1897 et d’avancer vers un avenir victorieux. Le poète - prophète « prévoit un avenir glorieux pour sa nation », note Mario Vitti. Au moment historique de portée mondiale, le héros du poème, le Gyftos (Tzigane), vit les problèmes humains universels, rejette les valeurs courantes de la vie et les restaure en leur donnant un nouveau contenu. Ce qui le réconcilie avec la vie, c’est un violon. Le Gyftos symbolise le Poète qui devient prophète et prévoit la résurrection de la nation et sa nouvelle grandeur.

Le poème Η φλογέρα του βασιλιά (1910) est également divisé en douze « discours » ; Palamas le composa influencé par l’histoire de Byzance, à une époque où les érudits de l’Europe découvraient cet empire. L’intrigue de l’œuvre se déroule à Byzance. Après des guerres dures et longues, l’empereur byzantin Basile II écrasa les Bulgares et décide de se rendre à Athènes en pèlerinage à l’église de la Vierge Athiniotissa, qui était le nouveau nom donné au Parthénon. Le poète compose des péans à la gloire des sites grecs par où passa l’armée du roi victorieux.

                Après ces deux grandes compositions poétiques, Palamas réunit ses poèmes lyriques en deux volumes, en 1912. Οι καημοί της λιμνοθάλασσας et Η πολιτεία και η μοναξιά. Le premier a trait à son pays natal, Missolonghi, et, dans le second, le poète réunit des poèmes ayant trait à des évènements de l’histoire nationale. Enfin, il compose les Βωμούς (1915), les Δειλούς και σκληρούς στίχους (1928) et les Παράκαιρα (1919). Suivent Τα δεκατετράστιχα, Οι Πεντασύλλαβοι et les Παθητικά κρυφομιλήματα (1925). Palamas composa également les œuvres Ο κύκλος των τετράστιχων (1929), Περάσματα και χαιρετισμοί (1931) et, enfin, Οι νύχτες του Φήμιου (1935), qui est son dernier recueil. Ses poèmes furent réunis dans dix-huit recueils.

                Outre la poésie, Palamas s’occupa de critique littéraire, de prose et de théâtre. Son œuvre critique est volumineuse et principalement constituée des préfaces qu’il écrivait pour ses propres œuvres ou des œuvres étrangères. Sa Ποιητική autonome et longue de plusieurs pages ainsi que six grands recueils de textes critiques constituent des œuvres remarquables. En tant que critique, il souligna la valeur poétique de l’œuvre de plusieurs auteurs des Îles Ioniennes (Solomos, Kalvos, Markoras, Typaldos, Laskaratos, Valaoritis). C’est avec Palamas qu’est inaugurée l’approche et l’examen sérieux de notre histoire littéraire d’une façon qui pourrait être qualifiée de philologique par excellence. La critique de Palamas, fondée sur l’information pertinente, est en tout premier lieu une critique inspirée et influencée par son propre génie poétique.  Les textes critiques de Palamas sont particulièrement combattifs. Il fut un des premiers à avoir défendu l’œuvre de Psycharis Το Ταξίδι μου et il participa à la lutte en faveur de la langue démotique.

La production de Palamas dans le domaine de la prose est restreinte, du point de vue du volume. Il écrivit quelques nouvelles, dont la plus importante, Ο Θάνατος του παλληκαριού (1891), a été favorablement reçue par la critique de son époque. Sa production littéraire comprend également la pièce de théâtre Η Τρισεύγενη (1903), qui pourrait être considérée comme la suite organique du Θανάτου του παλληκαριού. Toutefois, ces deux œuvres manquent de valeur par rapport à l’œuvre poétique de Palamas.

Le poète est mort en février 1943, au cours de l’occupation allemande. Son décès marqua un deuil national. Des milliers de personnes se réunirent spontanément au cimetière pour l’accompagner à son dernier voyage. Le monde qui s’était réunit pour rendre hommage au poète décédé avait conscience du fait qu’il avançait à une action de résistance nationale, note Linos Politis. Sur sa tombe, le poète Angelos Sikelianos, défiant les occupants, lança d’une voix tonitruante son invitation enflammée à la liberté : « Que sonnent les trompettes ! Sur ce cercueil, s’appuie la Grèce ! »